À l’occasion de la Journée internationale de la sage-femme, nous avons tendu le micro à quatre sages-femmes du Bénin pour écouter leurs récits, leurs émotions, leurs combats du quotidien et leur attachement profond à ce métier au cœur de la vie. À travers leurs mots, on découvre des parcours marqués par la passion, la résilience et un engagement sans faille auprès des femmes. Entre accouchements bouleversants, surcharge de travail en zone rurale et espoir d’un avenir plus serein pour la profession, elles nous livrent des témoignages bruts, sincères et porteurs de sens.
Sage-femme Carine AHONOUKOUN – Entre peur et bénédiction
Son tout premier accouchement, Carine ne l’oubliera jamais. Étudiante en 3e année, elle ressent un mélange de fierté, de peur et d’anxiété. Mais c’est le sourire de la mère qui la contamine. Plus tard, à Cotonou, elle se distingue en faisant accoucher une primigeste d’un bébé de 4 kg, sans déchirure ni épisiotomie. « Une vraie fierté personnelle », dit-elle. Invitée au baptême de l’enfant, elle ressent la bénédiction d’être cette première main tendue au nouveau-né.
Aujourd’hui, chef de poste, elle affronte d’autres défis : surcharge de travail, accouchements à la lampe torche dans des centres sans électricité. Et pourtant, elle tient bon, motivée par la joie des familles. « Le métier de sage-femme, je le voulais avant même de le comprendre », confie-t-elle. Son message à la jeunesse ? « Ce métier n’est plus serein… mais il reste magnifique pour celles qui ont la passion. »

Sage-femme Grâce FATONDJI – La main tendue vers les oubliées
Pour Grâce, chaque sourire de parturiente est une récompense. En zone rurale, elle fait face à une surcharge de travail chronique, mais s’adapte avec foi. Sa plus grande fierté ? Avoir soutenu une femme enceinte ayant perdu son mari. Cette dernière, sans ressources, a pourtant suivi fidèlement ses consultations, grâce au soutien discret de Grâce. Elle a accouché, repris une activité, et revient régulièrement dire merci.
« La sage-femme ne se limite pas à la salle d’accouchement », insiste Grâce. Elle rêve d’une carrière qui permette aussi l’enseignement, le militantisme, la recherche. Pour cela, il faut revaloriser la profession et offrir aux sages-femmes des perspectives d’évolution. Son appel aux jeunes ? « N’embrassez pas ce métier par suivisme, mais par passion. »

Sage-femme Abiba KOURIGA – Au cœur de la vie, malgré la frustration
« Être sage-femme, c’est exercer un métier noble, au cœur de la vie », affirme Abiba, avec une sobriété qui cache une réelle détermination. Face à la surcharge, à l’isolement et à la frustration, elle s’accroche à l’essentiel : sa passion pour la vie, l’impact positif de ses gestes, l’amour du soin. « Voir un enfant naître, c’est un moment unique, puissant. » Mais elle aussi appelle à une revalorisation du métier, pour que chaque sage-femme puisse exercer avec dignité, compétence et reconnaissance.

Sage-femme Zaïda ZIME – Le choc du réel, le choix du courage
Zaïda n’oubliera jamais son tout premier accouchement. Enthousiaste et naïve, elle s’imaginait félicitations et bonheur. À la place, elle reçoit le choc d’un mort-né. Une leçon crue, gravée à jamais. Plus tard, à Dassa, elle accompagnera une femme en détresse, enceinte, sans moyens, dans l’attente d’une césarienne. Le bébé ne survivra pas. Et pourtant, elle reste debout.
« Si nous ne le faisons pas, qui le fera ? » résume-t-elle avec force. Pour elle, le métier est un véritable sacerdoce. Trop de pression, trop peu de moyens… et une génération qui doit prouver qu’elle mérite sa place. Son conseil aux jeunes ? « Ce n’est pas sorcier. Un peu de volonté suffit pour défier les plus grandes peurs.

Porter la vie, malgré tout
À travers ces récits, une même réalité émerge : celle d’un métier à la fois dur et profondément humain. Derrière les blouses blanches, des femmes luttent chaque jour pour maintenir debout un système fragile, souvent oublié. Elles méritent plus que notre reconnaissance. Elles méritent des moyens, du respect, et une vraie place dans les décisions de santé.
Parce qu’en soutenant les sages-femmes, on soutient la vie.

